du mercredi 5 juin
au vendredi 20 juin 2008
15 représentations exceptionnelles réservées en priorité aux abonnés et adhérents le mardi, le mercredi et le vendredi à 21h, le jeudi à 20h, le samedi à 17h et à 21h et le dimanche à 16h30

elle est là

revue de presse

Un théâtre tout en intelligence que met en scène Didier Bezace. Arditi-Bouix, un couple inattendu. Arditi-Bezace-Bouix, un trio harmonieux. Le Figaro

«Elle est là» cette idée, logée dans la tête de sa collaboratrice, totalement indéracinable. Lui, ne supporte pas qu'elle puisse penser différemment, mais hélas, il n'y peut rien. Comme souvent chez Nathalie Sarraute, on est plongé dans un en-deçà du langage, dans le non-dit, dans l'analyse des tropismes (mouvements imperceptibles de l'âme), notion inventée par l'écrivain du nouveau roman. Pour monter cette pièce, Didier Bezace s'est adjoint Pierre Arditi et Evelyne Bouix, tous trois interprétant au plus juste ce texte subtil. On rit, on réfléchit et on finit par entrevoir ce qui se loge dans la tête des personnages, dans leurs mots, leurs silences... Un théâtre du langage, fin et profond, parfaitement mis en scène. Pariscope

Mis en scène avec une jouissance mesurée à l'aulne de celle de l'auteur, le texte fouaille au plus profond, dans les eaux noires de l'entendement, là où croisent les petites phrases anodines. Les trois comédiens jouent sur le fil avec une sûreté d'acrobate. Frisson compris, amplement partagé. L'Express

Pierre Arditi, dont l'un des talents est de traduire les fureurs et les humeurs, bride son tempérament pour nuancer chacune de ses vagues de soupçon et de mécontentement. Il dessine merveilleusement tout un graphique de déplaisirs, la silhouette brisée, décentrée par une sorte d'implosion de l'ego. Evelyne Bouix a surtout la mission de paraître et de disparaître, ce qu'elle fait avec esprit et discrétion. Didier Bezace est dans la demi-teinte, que l'on a dit d'une délicatesse percutante. Cela reste un spectacle à l'ambition et à la marque austère, auquel on ne se rendra pas si l'on n'a pas le goût d'une gaieté sévère. Les Echos.

>> Lire l'entretien sur La Terrasse

collaborateur artistique Laurent Caillon • assistante à la mise en scène Dyssia Loubatière scénographie Jean Haas et Didier Bezace • lumières Dominique Fortin costumes Cidalia Da Costa
maquillages, perruques et coiffures Cécile Kretschmar • musique Laurent Caillon • stagiaire à la mise en scène
Vincent Franchi   peinture Mik-Art stagiaire à la mise en scène et voix enregistrée Vincent Franchi
équipe technique du Théâtre
 
Dossier de presse

production Théâtre de la Commune – Centre dramatique national d'Aubervilliers
Le spectacle est créé le 5 juin 2008 au Théâtre de la Commune.
Le texte est publié aux Éditions Gallimard, collection Folio Théâtre, 2000.

création - de Nathalie Sarraute
mise en scène Didier Bezace
 
avec Pierre Arditi, Didier Bezace, Evelyne Bouix
L’épilogue du spectacle est extrait d’une conversation
entre Nathalie Sarraute et Jacques Doilllon filmée en 1995.

Bezace Arditi
PHOTO © Brigitte ENGUERAND

Elle est là, c'est l'histoire d'une obsession. Un homme, H. 2, est torturé par une idée qui loge dans la tête de sa collaboratrice F., et dont il ne sait rien. Sa seule existence semble défier tout ce à quoi il croit, tout ce qu'il tient pour acquis. Il cherche à tout prix, quitte à imaginer le pire, à l'extirper, l'anéantir . Intolérant H. 2 ? Non, plutôt terriblement attentif à ce qui se joue entre les êtres, au-delà de la parole, des corps.
L'obsession est, avec le langage, un des thèmes récurrents de l'œuvre de Nathalie Sarraute. C'est ici le personnage principal, c'est elle qui mène la danse avec délectation. Elle entraîne le spectateur dans les méandres d'une quête à la logique irrationnelle, à la limite de l'absurde et du rire dont on n'est jamais loin. Nous ne sommes pas enfermés dans un théâtre cérébral. Au contraire, débordant d'énergie voire de fureur radieuse, ce théâtre va de l'avant, court après le mot qui suit, et l'idée qui s'échappe. C'est un théâtre en marche.
 
 

vidéo Elle est là - Arditi Bezace Bouix
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H. 2 : Vous savez, je ne sais pas ce qui m'arrive… c'est étrange… (L'air surpris :) J'accepte. Oui. (Ton furieux :) J'accepte. (Ton accablé :) J'accepte. (Ton calmé) J'accepte. (Ton ferme, décidé :) J'accepte. Qu'elle garde en elle son idée. Qu'elle la couve. Qu'elle la soigne. Qu'elle l'engraisse… ça m'est égal…
H. 3 : Ce n'est pas possible ?... Ne me dites pas que vous êtes devenu un de ces indifférents… un de ces tièdes pour qui les idées…
H. 2 : Mais voyons ! comment pouvez-vous penser ça… Non, pas du tout.
Nathalie Sarraute, Elle est là – extrait
 

Repère
L'univers de Nathalie Sarraute, écrivain français d'origine russe (1900-1999), se construit en rupture, dans une dynamique de déconstruction des formes traditionnelles du roman et du théâtre, et par là même d'invention du Nouveau Roman et de ce qu'elle nomme « le théâtre de langage ». Son œuvre – traduite dans plus de 30 langues, publiée de son vivant, fait rare, à la Pléiade – est considérée comme l'une des plus essentielles de la littérature du XXe siècle. Ses premiers textes, écrits entre 1932 et 1939, Tropismes, marquent le début de son patient travail d'exploration du langage. Elle cherche dans les conversations banales, au-delà de tous les déguisements, lieux communs, gentillesses ou politesses, à démasquer ce qui est à l'origine de nos faits et gestes, et dans les non-dits ce qu'ils induisent ; elle traque notre «substance vivante». Le langage devient et reste le protagoniste et l'acteur de prédilection de ses romans et de son théâtre. Autour du langage, petit à petit, tout se déconstruit, l'action se désintègre, les personnages disparaissent remplacés par de simples pronoms – Lui, Elle – ou de simples initiales, dans leurs tâtonnements intérieurs, leurs élans, leurs reculs. À l'occasion de la publication de ses deux premières pièces écrites au début des années 60, Le Silence et Le Mensonge, elle défend là encore, dans Le Monde, un langage capable «à lui seul de produire l'action. Je pense que c'est une action dramatique véritable, avec des péripéties, du suspens…». La parole est porteuse de (micros) drames ; il suffit d'un silence, d'un changement de ton pour que tout s'emballe… Par là, se manifeste la force d'une écriture théâtrale qui tire d'elle-même, c'est-à-dire du dialogue et de ses ratés, les moments d'une action dramatique.