jeudi 12 juin : rencontre avec l'équipe artistique à l'issue de la
représentation
entrée libre, dans la limite des places disponibles
collaborateur artistique
Laurent Caillon
assistante à la mise en scène
Dyssia Loubatière
scénographie
Jean Haas
lumières Dominique Fortin
costumes Cidalia Da Costa
maquillages et coiffures
Cécile Kretschmar
stagiaire à la mise en scène
Vincent Franchi
équipe technique
du Théâtre de la Commune
production Théâtre de la Commune – Centre dramatique national d'Aubervilliers
Le spectacle est créé le 5 juin 2008 au Théâtre de la Commune.
Le texte est publié aux Éditions Gallimard, collection Folio Théâtre, 2000.
| Saison 2007/2008 Raison, déraison |
| Elle est là |
création
de Nathalie Sarraute
mise en scène Didier Bezace
avec Pierre Arditi,
Didier Bezace,
Evelyne Bouix
Après avoir fait l'ouverture en 2001 du Festival d'Avignon avec L'École des femmes de Molière, Didier Bezace et Pierre Arditi se retrouvent autour d'un exercice verbal vertigineux où la raison vacille…
Elle est là, c'est l'histoire d'une obsession. Un homme, H. 2, est torturé par une idée qui loge dans la tête de sa collaboratrice F., et dont il ne sait rien. Sa seule existence semble défier tout ce à quoi il croit, tout ce qu'il tient pour acquis. Il cherche à tout prix, quitte à imaginer le pire, à l'extirper, l'anéantir . Intolérant H. 2 ? Non, plutôt terriblement attentif à ce qui se joue entre les êtres, au-delà de la parole, des corps.
L'obsession est, avec le langage, un des thèmes récurrents de l'œuvre de Nathalie Sarraute. C'est ici le personnage principal, c'est elle qui mène la danse avec délectation. Elle entraîne le spectateur dans les méandres d'une quête à la logique irrationnelle, à la limite de l'absurde et du rire dont on n'est jamais loin. Nous ne sommes pas enfermés dans un théâtre cérébral. Au contraire, débordant d'énergie voire de fureur radieuse, ce théâtre va de l'avant, court après le mot qui suit, et l'idée qui s'échappe. C'est un théâtre en marche.
H. 2 : Vous savez, je ne sais pas ce qui m'arrive… c'est étrange… (L'air surpris :) J'accepte. Oui. (Ton furieux :) J'accepte. (Ton accablé :) J'accepte. (Ton calmé) J'accepte. (Ton ferme, décidé :) J'accepte. Qu'elle garde en elle son idée. Qu'elle la couve. Qu'elle la soigne. Qu'elle l'engraisse… ça m'est égal…
H. 3 : Ce n'est pas possible ?... Ne me dites pas que vous êtes devenu un de ces indifférents… un de ces tièdes pour qui les idées…
H. 2 : Mais voyons ! comment pouvez-vous penser ça… Non, pas du tout.
Nathalie Sarraute, Elle est là – extrait
Repère
L'univers de Nathalie Sarraute, écrivain français d'origine russe (1900-1999), se construit en rupture, dans une dynamique de déconstruction des formes traditionnelles du roman et du théâtre, et par là même d'invention du Nouveau Roman et de ce qu'elle nomme « le théâtre de langage ». Son œuvre – traduite dans plus de 30 langues, publiée de son vivant, fait rare, à la Pléiade – est considérée comme l'une des plus essentielles de la littérature du XXe siècle. Ses premiers textes, écrits entre 1932 et 1939, Tropismes, marquent le début de son patient travail d'exploration du langage. Elle cherche dans les conversations banales, au-delà de tous les déguisements, lieux communs, gentillesses ou politesses, à démasquer ce qui est à l'origine de nos faits et gestes, et dans les non-dits ce qu'ils induisent ; elle traque notre «substance vivante». Le langage devient et reste le protagoniste et l'acteur de prédilection de ses romans et de son théâtre. Autour du langage, petit à petit, tout se déconstruit, l'action se désintègre, les personnages disparaissent remplacés par de simples pronoms – Lui, Elle – ou de simples initiales, dans leurs tâtonnements intérieurs, leurs élans, leurs reculs. À l'occasion de la publication de ses deux premières pièces écrites au début des années 60, Le Silence et Le Mensonge, elle défend là encore, dans Le Monde, un langage capable «à lui seul de produire l'action. Je pense que c'est une action dramatique véritable, avec des péripéties, du suspens…». La parole est porteuse de (micros) drames ; il suffit d'un silence, d'un changement de ton pour que tout s'emballe… Par là, se manifeste la force d'une écriture théâtrale qui tire d'elle-même, c'est-à-dire du dialogue et de ses ratés, les moments d'une action dramatique.