King
de Michel Vinaver
mise en scène Arnaud Meunier
avec Philippe Durand, Philippe Mercier, Bruno Pesenti
King, c'est l'histoire vraie de King C. Gillette : inventeur en 1895 du rasoir jetable, self-made-man devenu multimillionnaire, et par ailleurs prophète d'une société nouvelle où l'argent n'existerait plus; société qu'il théorise dans deux ouvrages, Le Courant humain et La Société du peuple, inquiétants dans la volonté qu'ils révèlent à tout vouloir contrôler pour garantir le bonheur de chacun.
Deux facettes du même homme pour le moins antinomiques. Un trio de comédiens défend, à tour de rôle, par un jeu de « collages » dramaturgiques, les idées puis la vie de cette figure double, pétrie de contradictions. Une grande fresque humaine, longue de cinquante ans, inscrite dans l'histoire du capitalisme et du XXe siècle naissant, qui fascine le spectateur autant qu'elle le fait frémir.
video CICA / Eric Garreau
Michel Vinaver fait théâtre de cette troublante énigme. Il laisse utopie, capitalisme triomphant et dérive du totalitarisme dialoguer. C'est une fable qui pose les questions, sans les résoudre : quelle place pour une société plus égalitaire et plus solidaire ? Comment concilier l'intérêt général avec l'épanouissement personnel ? Le développement économique est-il toujours synonyme de progrès ? Un théâtre politique et poétique qui intrigue, rend curieux, interroge nos propres paradoxes.
Arnaud Meunier
Vous inventez un monde meilleur.
Six ans après vous inventez le rasoir à lames jetables. À laquelle de vos deux inventions attachez-vous le plus de prix ?
Extrait de King
Entretien avec Michel Vinaver 1
in La Terrasse à cette nouvelle création de King, janvier 2008
Le personnage de King - à l'instar de Saint-Simon, Fourier, Marx et bien d'autres - pense avoir trouvé le moyen de rendre l'humanité heureuse et harmonieuse à perpétuité. Mais il y a une utopie supplémentaire chez lui : il bâtit son plan sur la certitude qu'il parviendra à convaincre les capitalistes de collaborer à cette remise à plat totale du système, c'est-à-dire à la destruction du capitalisme. L'énigme de ce personnage ne réside pas dans le simple fait qu'il est le fondateur d'un des premiers empires industriels et qu'il aspire à voir disparaître le capitalisme, mais également dans le fait qu'il n'a pas du tout l'air de se rendre compte que cette dualité constitue une énigme. [...] Le personnage de King ne fait preuve d'aucune sorte d'introspection, ni d'ironie à l'égard de quoi que ce soit. Mais le spectateur, lui, reçoit un message profondément ironique du fait de la jonction improbable des deux aspects de ce personnage, mais aussi de l'écart entre ce qui est entrepris et ce qui en résulte, notamment le naufrage économique de King lors de la crise de 1929 alors qu'il se sentait invincible. Une déflagration comique se produit provenant de la déception des grandes attentes de King.
1 Né en 1927, il est un des plus grands dramaturges de notre temps, salué entre autres la saison passée pour sa pièce Par-dessus bord créée au TNP de Villeurbanne. Précisons qu'entre 1953 et 1980, il est à la fois cadre puis Directeur chez Gillette Entreprise et écrivain.