Jeux doubles
de Cristina Comencini
traduction Jean Baisnée
mise en scène Claudia Stavisky
avec Ana Benito, Marie-Armelle Deguy, Corinne Jaber, Luce Mouchel et Guy Folcarelli
Les années 60, quatre mères jouent aux cartes, comme chaque jeudi. Entre rires et larmes, elles évoquent leur vie. Trente ans plus tard, leurs quatre filles se retrouvent, réunies par un événement douloureux. Les liens mère/fille, peu à peu, se dévoilent, en raison de leurs ressemblances ou de leurs différences absolues. Se pose, l'air de rien, au fil de bavardages, la question de la transmission : que reste-t-il de nos mères en nous ? Comment transportons-nous cette manière spécifique d'être femme, et mère, et épouse, d'une génération à l'autre, surtout quand mères et filles ont grandi, pour les unes avant le grand bouleversement des années 70, pour les autres après ? Deux époques, et pour autant deux façons d'être femme ? Sont-elles plus heureuses aujourd'hui ? Et leur vie plus en phase avec leurs aspirations ?
L'originalité de cette pièce est de formuler dans l'oralité du quotidien, la condition féminine : elle reste, au bout de cette comédie piquante et tendre à la fois, un défi sur l'avenir qui ne veut pas se laisser désarmer, quelque chose d'indéfinissable, irréductible à un contexte historique et social. Singulière à chaque femme.
Entretien avec Claudia Stavisky
Jeux Doubles parle bien d'un immense rêve de civilisation, mais jamais en termes d'échec ou de victoire. En dressant le portrait de ces huit femmes, Cristina Comencini mesure la distance parcourue, et finalement, dans le droit fil de la vision de Rilke, l'écart entre nos vies rêvées et notre faculté à vivre notre rêve.
La grande beauté de la pièce est de s'inscrire dans le perpétuel mouvement du monde, à la manière du cinéma réaliste italien dans la lignée duquel s'inscrit Cristina Comencini.
On pourrait dire que c'est « par l'instant » que s'énonce l'Histoire ou, si l'on veut, qu'il y a du microcosmique dans le microscopique. Un univers sensible de l'infiniment petit s'est développé entre ces femmes et tranche avec les réflexions habituelles sur la beauté de l'infiniment grand. Ici, il s'agit vraiment de l'infiniment petit des choses de la vie, des bonheurs et des peines de chacune d'entre elles avec son mari et ses enfants. Et, donné ainsi à voir, cet infiniment petit évoque, par une métonymie pleine de pudeur, l'immensité d'un rêve. Un rêve, qui via cette magnifique lettre de Rilke, reste au bord des lèvres jusqu'à la toute dernière réplique.