La Ménagerie de verre
Création
de Tennessee Williams
traduction Jean-Michel Déprats
mise en scène Jacques Nichet
avec Michaël Abiteboul, Stéphane Facco, Agathe Molière et Luce Mouchel
Tableau d'une famille américaine se déchirant et se débattant dans les remous de la crise de 29, La Ménagerie de verre, premier succès de T. Williams, a la force d’une oeuvre autobiographique : le narrateur Tom, double de l'auteur, se souvient du petit appartement de Saint-Louis, sept ans plus tôt. Il fait revenir les fantômes de sa mère et d’une soeur si fragile, «la jeune fille en verre». Dans l'espace clos de la mémoire, le passé retrouve l'éclat du présent, avec son lot d'omissions, d'exagérations, de poésie. Les personnages, serrés les uns contre les autres, manquent d’air et d’avenir. La mère veut avant tout marier sa fille trop repliée sur elle-même et le fils ne pense qu’à prendre le large. Dans cette comédie dramatique, cruelle, une profonde solitude renvoie chacun à lui-même, perdu dans la jungle d’une ville industrielle, elle-même en perdition.
© Eric Garreau - CICA vidéo
TOM (au public) – Oui, je vais vous surprendre, j’ai des tours dans mon sac. Mais je suis l’inverse d’un prestidigitateur de music-hall. Lui vous présente une illusion qui a l’apparence de la vérité. Moi, je vous présente la vérité sous le masque plaisant de l’illusion. Pour commencer, je retourne le sablier du temps. Je remonte au charme rétro des années trente.
in La Ménagerie de verre, Scène 1.
J’ai toujours aimé mettre en scène des pièces où l’auteur joue avec sa mémoire. En mêlant vrais et faux souvenirs, la vie réelle et la fiction, le poète donne à cette fable si émouvante une profondeur née d’une intimité secrète. Il dit sa vérité en la réinventant. […] Cet enjeu poétique sert à mettre en valeur une vision politique. Sans être un auteur engagé dans un combat précis, Tennessee Williams vise juste : la Dépression, l’économie en train de se déliter, l’approche inéluctable de la guerre… Il ne démontre rien ; il se contente de montrer par petites touches, en quelques répliques, comment une grave crise sociale travaille au corps une famille, déjà fragilisée par le départ du père. Face àl’angoisse, la perte des repères habituels, la confusion des valeurs, la peur de la misère, chacun cherche son remède, un refuge dans le passé, une stratégie de fuite, un rêve de compensation. La crise s’ancre dans les têtes. […] On se sent piégé, on se débat, on se bouscule, on se replie sur soi, on passe de la bouderie aux cris puis aux larmes avant de déraper dans le grotesque et le ridicule : chacun y va de son cinéma ! Le rire jaillit de l’affolement des situations.
Jacques Nichet
© Eric Garreau - CICA vidéo
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