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> > I c i e t l à
Le théâtre se promène dans la ville
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LE SQUARE
de Marguerite Duras (Editions
Gallimard)
mise en scène de Didier
Bezace
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Reprise au Théâtre de la Commune
petite salle
jeudi 16, vendredi 17, lundi 20, mercredi 22, jeudi 23, vendredi
24 juin 2005 à 21h00
relâche samedi 18, dimanche 19 et mardi 21 juin
durée 1h40
plein tarif 20€ tarifs réduits 15€ / 11€
/ 10€ adhérents 5€ |
avec Elle Clotilde Mollet Lui Hervé Pierre
L'Enfant, en alternance Jason Chevrier, Louis Pastor-Bezace,
Clément Pelisson, Marius Seiler, César Vergeau
Site
d'Hervé PIERRE et Clotilde MOLLET
collaboration artistique Laurent Caillon
assistante à la mise en scène Dyssia Loubatière
scénographie Jean Haas création lumières
Marie Nicolas costumes Cidalia Da Costa chorégraphie
Cécile Bon musique originale Laurent Caillon, Teddy Lasry
stagiaire mise en scène Grégoire Aubert (École
du TNS) stagiaire décor Orianne Mazeau
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Si on me demande comment j'ai écrit Le Square, je crois
bien que c'est en écoutant les gens dans les squares de
Paris. Elle, elle se trouve là tous les après-midi,
seule la plupart du temps, vacante, en fonction précisément.
Lui, se trouve également là, seul, lui aussi la
plupart du temps dans l'hébétude apparente d'un
pur repos. Elle, elle surveille les enfants d'une autre. Lui est
à peine un voyageur de commerce qui vend sur les marchés
de ces petits objets qu'on oublie si souvent d'acheter. Ils sont
tous les deux à regarder se faire et se défaire
le temps. Marguerite Duras in L'Express, le 14 septembre
1956
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Puisque l'uvre est complexe, étrange, inconnue, que peut-on
dire d'abord du Square qui puisse inciter le public à
avoir envie de découvrir la pièce?
Peut-être d'abord que c'est une uvre de jeunesse (1955)
où la force poétique du langage de Marguerite Duras s'affirme
déjà comme une manière à la fois naïve
et sophistiquée d'appréhender la réalité:
laquelle? En l'occurrence, celle des gens modestes, effacés,
"que rien ne désigne à l'attention" comme l'indique
l'auteur elle-même et qui, se trouvant à la marge de la
société, sont obligés de se poser la question de
la place qu'ils y occupent et de ce qui leur permettrait de prétendre
à un droit d'exister.
Il est question dans Le Square de solitude, d'exclusion, d'amour,
de haine, de violence, de foi et de désespoir; c'est dire qu'on
est loin d'une poétique éthérée, un peu
mondaine, qui fut la marque de reconnaissance portée par la bonne
société, toutes rives confondues, à l'uvre
de Duras dans les années 80; celle qui écrit Le Square
vient de traverser les épreuves de la guerre, du nazisme,
elle a milité au parti communiste et s'est retrouvée au
sein de groupes d'intellectuels et d'artistes actifs qui rêvaient
de changer le monde; son regard sur les gens, sur la vie semble participer
à la fois d'une radicale exigence enfantine et d'une sagesse
centenaire: c'est la douleur et l'appétit de l'existence qu'elle
traduit dans sa langue. Voilà pourquoi cette uvre que j'aime
et que j'admire depuis longtemps me paraît neuve, urgente, actuelle,
comme si nous-mêmes cheminant depuis plusieurs décennies
entre les espoirs déçus, les utopies ratées, les
bricolages réformistes, nous retrouvions brusquement devant le
dénuement, cet étonnement fondamental devant la seule
difficulté d'être au monde qu'expriment cette jeune débutante
et cet homme fatigué, dans un square en fin d'après-midi
tandis qu'un enfant s'amuse et que les gens passent.
J'ajouterai, pour tempérer ce qui pourrait passer pour de la
noirceur dans mon propos à l'égard de la pièce,
que sa force m'a toujours paru résider dans le fait que, grave
et bouleversante elle est aussi légère et tendre souvent,
drôle grâce à l'humour sérieux de l'auteur:
une vraie comédie et c'est ainsi que j'ai voulu la monter.
Didier Bezace, Septembre 2003
Au jour le jour
"On croit qu'on peut se passer de bavarder, puis ça
n'est pas possible".
"Les gens ont envie de parler ça se voit très
fort et, c'est bien curieux, cela n'est pas bien vu en général.
Il n'y a guère que dans les squares que cela semble naturel."
Le Square |
Une fin d'après-midi, un square. Parmi les bruits des jeux d'enfants,
deux inconnus engagent un semblant de conversation. Le temps, l'ordinaire
domestique, les bonnes résolutions et les mauvaises habitudes ponctuent
leur entretien. Sur le banc s'immiscent pourtant les enjeux essentiels
d'un rendez-vous. Dans la lumière finissante, l'homme et la femme
construisent mot à mot leur rencontre, et vivent l'intensité
d'un rare moment d'existence. Lui, représentant de commerce, âgé,
promène sa valise de ville en ville. "Je n'avais de disposition
particulière pour aucun métier, ni pour une existence quelconque",
dit-il. Elle, vingt ans, employée de maison, attend de se marier
pour changer de situation. "Rien n'est commencé pour moi,
à part que je suis en vie" dit-elle. Cinq ans après
Le Barrage contre le pacifique, cinq ans avant Hiroshima mon amour, Marguerite
Duras compose en 1955 les trois tableaux de ce récit dialogué,
dressant le portrait de deux immobilités contraires, de deux postures
face à la vie, à l'espoir, à la solitude, à
la mort et au bonheur. Deux êtres se rencontrent, dont la conversation
constitue soudain l'existence même.
Marguerite Duras rencontre Didier Bezace au début des années
quatre-vingt-dix, alors qu'il vient de mettre en scène Marguerite
et Le Président, d'après ses entretiens avec François
Mitterrand. Émue par le spectacle, enthousiasmée par le
travail du metteur en scène, elle lui propose de monter l'un de
ses textes. La préférence de Didier Bezace va au Square
depuis toujours. Le projet devra patienter dix ans pour se réaliser.
"Les textes que j'ai mis en scène jusqu'à ce jour ont
quasiment tous pour point commun de confronter les "petits"
face à "L'Histoire", explique-t-il. Le Square aborde
les grandes questions que les "naïfs" posent face au monde,
devant ce qui les écrase ou devant ce qui les fait vivre".
Didier Bezace dirige aujourd'hui Hervé Pierre et Clotilde Mollet
dans une "uvre de résistance à la médiocrité
des conversations contemporaines."
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