THEATRE DE LA COMMUNE

 

 

 

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SQUARES
square
exposition
Brigitte Enguerand
du 15déc.
au 12 fév. 2004
 
 


> >  I c i   e t   l à
Le théâtre se promène dans la ville

 

LE SQUARE
de Marguerite Duras  (Editions Gallimard)
mise en scène de Didier Bezace

Hervé Pierre et Clotilde Mollet
©Enguerand

 
Reprise au Théâtre de la Commune – petite salle
jeudi 16, vendredi 17, lundi 20, mercredi 22, jeudi 23, vendredi 24 juin 2005 à 21h00
relâche samedi 18, dimanche 19 et mardi 21 juin
durée 1h40
plein tarif 20€ – tarifs réduits 15€ / 11€ / 10€ – adhérents 5€

avec
Elle Clotilde Mollet • Lui Hervé Pierre • L'Enfant, en alternance Jason Chevrier, Louis Pastor-Bezace, Clément Pelisson, Marius Seiler, César Vergeau
Site d'Hervé PIERRE et Clotilde MOLLET

 
collaboration artistique Laurent Caillon • assistante à la mise en scène Dyssia Loubatière • scénographie Jean Haas • création lumières Marie Nicolas • costumes Cidalia Da Costa • chorégraphie Cécile Bon • musique originale Laurent Caillon, Teddy Lasry • stagiaire mise en scène Grégoire Aubert (École du TNS) • stagiaire décor Orianne Mazeau
 

 

 

Si on me demande comment j'ai écrit Le Square, je crois bien que c'est en écoutant les gens dans les squares de Paris. Elle, elle se trouve là tous les après-midi, seule la plupart du temps, vacante, en fonction précisément. Lui, se trouve également là, seul, lui aussi la plupart du temps dans l'hébétude apparente d'un pur repos. Elle, elle surveille les enfants d'une autre. Lui est à peine un voyageur de commerce qui vend sur les marchés de ces petits objets qu'on oublie si souvent d'acheter. Ils sont tous les deux à regarder se faire et se défaire le temps. Marguerite Duras in L'Express, le 14 septembre 1956

 

Puisque l'œuvre est complexe, étrange, inconnue, que peut-on dire d'abord du Square qui puisse inciter le public à avoir envie de découvrir la pièce?
Peut-être d'abord que c'est une œuvre de jeunesse (1955) où la force poétique du langage de Marguerite Duras s'affirme déjà comme une manière à la fois naïve et sophistiquée d'appréhender la réalité: laquelle? En l'occurrence, celle des gens modestes, effacés, "que rien ne désigne à l'attention" comme l'indique l'auteur elle-même et qui, se trouvant à la marge de la société, sont obligés de se poser la question de la place qu'ils y occupent et de ce qui leur permettrait de prétendre à un droit d'exister.
Il est question dans Le Square de solitude, d'exclusion, d'amour, de haine, de violence, de foi et de désespoir; c'est dire qu'on est loin d'une poétique éthérée, un peu mondaine, qui fut la marque de reconnaissance portée par la bonne société, toutes rives confondues, à l'œuvre de Duras dans les années 80; celle qui écrit Le Square vient de traverser les épreuves de la guerre, du nazisme, elle a milité au parti communiste et s'est retrouvée au sein de groupes d'intellectuels et d'artistes actifs qui rêvaient de changer le monde; son regard sur les gens, sur la vie semble participer à la fois d'une radicale exigence enfantine et d'une sagesse centenaire: c'est la douleur et l'appétit de l'existence qu'elle traduit dans sa langue. Voilà pourquoi cette œuvre que j'aime et que j'admire depuis longtemps me paraît neuve, urgente, actuelle, comme si nous-mêmes cheminant depuis plusieurs décennies entre les espoirs déçus, les utopies ratées, les bricolages réformistes, nous retrouvions brusquement devant le dénuement, cet étonnement fondamental devant la seule difficulté d'être au monde qu'expriment cette jeune débutante et cet homme fatigué, dans un square en fin d'après-midi tandis qu'un enfant s'amuse et que les gens passent.
J'ajouterai, pour tempérer ce qui pourrait passer pour de la noirceur dans mon propos à l'égard de la pièce, que sa force m'a toujours paru résider dans le fait que, grave et bouleversante elle est aussi légère et tendre souvent, drôle grâce à l'humour sérieux de l'auteur: une vraie comédie et c'est ainsi que j'ai voulu la monter.
Didier Bezace, Septembre 2003

 

Au jour le jour
"On croit qu'on peut se passer de bavarder, puis ça n'est pas possible".
"Les gens ont envie de parler ça se voit très fort et, c'est bien curieux, cela n'est pas bien vu en général. Il n'y a guère que dans les squares que cela semble naturel." Le Square

 

Une fin d'après-midi, un square. Parmi les bruits des jeux d'enfants, deux inconnus engagent un semblant de conversation. Le temps, l'ordinaire domestique, les bonnes résolutions et les mauvaises habitudes ponctuent leur entretien. Sur le banc s'immiscent pourtant les enjeux essentiels d'un rendez-vous. Dans la lumière finissante, l'homme et la femme construisent mot à mot leur rencontre, et vivent l'intensité d'un rare moment d'existence. Lui, représentant de commerce, âgé, promène sa valise de ville en ville. "Je n'avais de disposition particulière pour aucun métier, ni pour une existence quelconque", dit-il. Elle, vingt ans, employée de maison, attend de se marier pour changer de situation. "Rien n'est commencé pour moi, à part que je suis en vie" dit-elle. Cinq ans après Le Barrage contre le pacifique, cinq ans avant Hiroshima mon amour, Marguerite Duras compose en 1955 les trois tableaux de ce récit dialogué, dressant le portrait de deux immobilités contraires, de deux postures face à la vie, à l'espoir, à la solitude, à la mort et au bonheur. Deux êtres se rencontrent, dont la conversation constitue soudain l'existence même.
Marguerite Duras rencontre Didier Bezace au début des années quatre-vingt-dix, alors qu'il vient de mettre en scène Marguerite et Le Président, d'après ses entretiens avec François Mitterrand. Émue par le spectacle, enthousiasmée par le travail du metteur en scène, elle lui propose de monter l'un de ses textes. La préférence de Didier Bezace va au Square depuis toujours. Le projet devra patienter dix ans pour se réaliser. "Les textes que j'ai mis en scène jusqu'à ce jour ont quasiment tous pour point commun de confronter les "petits" face à "L'Histoire", explique-t-il. Le Square aborde les grandes questions que les "naïfs" posent face au monde, devant ce qui les écrase ou devant ce qui les fait vivre". Didier Bezace dirige aujourd'hui Hervé Pierre et Clotilde Mollet dans une "œuvre de résistance à la médiocrité des conversations contemporaines."

Didier Bezace
Entretien de Didier Bezace
Lire l'entretien réalisé par Pierre Notte
pour le Festival d'Avignon 2003

 

A propos du Square
Lire les extraits de presse