THEATRE DE LA COMMUNE
SAISON 99/2000

 

Silence complice
du 2 au 26 mars 2000 à 21h - dimanches à 16h - relâche lundis
Les manifestations autour de Silence complice

Bill et John sont deux paumés qui parient, rêvent, et perdent surtout aux courses de lévriers. Quand un "beau" soir, un escroc leur propose de devenir entraîneurs d'un de ces lévriers, ils croient que la chance va enfin leur sourire. De nuits en nuits, de confidences alcoolisées en improbables amours, de stratégies dérisoires en désillusions, leur rêve va pourtant s'effriter. L'amitié, si maladroite et si forte, qui les unit, contredit pourtant la cruauté de la dérive de ces deux innocences ballottées dans un monde brutal dont les enjeux leur échappent. Des hommes qui, comme leur lévrier, courent après un leurre, un rêve de bonheur.

C'est l'histoire d'une minable escroquerie dans le monde des courses de lévriers : deux pauvres types, qui cherchent à sortir de la dèche, acceptent trop aveuglément de servir de prête-nom à un invisible truand en faisant courir à sa place une chienne, "Silence Complice". Mais ces deux entraîneurs amateurs se laisseront eux-mêmes entraîner dans une course folle à la poursuite de gains illusoires... 
En tout premier lieu, l'œuvre est attachante, tendre et cruelle. (...) La pièce, serrée et concise, enchaîne les scènes dans des lieux variés et sur plusieurs semaines. L'écriture est souvent hachée, avec des répliques très courtes. On pourrait croire à un scénario de cinéma. Bill et John errent continuellement dans la nuit, à la recherche d'une issue de secours. Mais tout se ferme devant eux. On assiste au film de leur cauchemar, de leurs constants dérapages, de leurs enfermements dans des impasses. De tentatives inutiles en efforts vains, leur course éperdue se transforme en piétinement, en enlisement. En mettant en scène cette répétition obstinée de l'échec, Daniel Keene, tel un mauvais génie, apporte curieusement une touche d'humour noir, de comique au cœur d'un dispositif tragique. 
La presse a beaucoup parlé, ces derniers temps, du dopage dans les milieux sportifs. Voilà une pièce qui met en scène, de manière originale et inattendue, cette réalité : il faut gagner, gagner à tout prix dans cette course générale aux illusions. La drogue n'est qu'une illusion de plus. Mais sans ces illusions, il n'y aurait plus de course. Le lévrier et l'homme ne courent qu'après des leurres. 
La cruauté de cette fable est contredite par l'amitié maladroite et véritable qui unit les deux "héros", soumis aux mêmes difficultés. Parfois, leur poursuite s'interrompt, et ils se confient l'un à l'autre, évoquant, au cours de ces pauses, les femmes de leur vie (sœur, mère, putains) - des femmes qui n'apparaissent qu'au travers de ces récits d'hommes. 
La présence entre Bill et John de Silence Complice, leur chienne (présence-absence, puisqu'on ne la verra jamais réellement) apporte une tendresse inattendue dans ce monde brutal. Un animal offre à ces deux humains un peu de bonheur simple, qu'ils tueront par leur propre aveuglement. 
    Jacques Nichet
 
 

La fable

"Bill : Tu savais qu’un chien pense que c’est son maître qui mène la meute ? C’est pour ça que le chien est loyal. Le chien pense que son maître est un autre chien."
(scène 19 / La cavale)
On pourrait croire à un scénario policier: Daniel Keene raconte une minable escroquerie dans le monde des courses de lévriers. Deux joueurs cherchent désespérément à sortir de la dèche : John et Bill acceptent trop aveuglément de servir de prête-nom à un invisible truand et, à sa place, de faire courir une chienne, « Silence Complice ». Mais ces deux entraîneurs amateurs seront eux-mêmes entraînés dans une course folle à la poursuite de gains illusoires… 
En vingt-deux scènes rapides et fiévreuses, Daniel Keene saisit au vif quelques fragments de rêve de ce couple attachant et dérisoire qui se débat maladroitement contre un destin truqué. 
 
 

Fragments sur le théâtre – Daniel Keene
(extrait de Une Eglise vide)

Le langage, la mémoire, la conscience : la trinité du théâtre, se donnant continûment naissance l’une à l’autre, continuellement surprise l’une par l’autre. […]
Une pensée suffit, et assez d’espace où se tenir, assez de lumière pour voir, un instant si bref soit-il auquel nous dédions notre présence, un mouvement en direction de, un simple regard, cela est suffisant pour voir ce que nous faisons de nous-mêmes. […]
Ce qui succède à une action est une autre action. Comme un mot succède à un mot. Comme un souffle succède à un souffle. […]
Nous avons besoin de savoir que nous ne sommes pas seuls. Nous sommes trop seuls. […]
Le public est témoin de ce qui a lieu. Rien de plus. Seule existe la volonté de l’acteur en jeu d’instant en instant. Un acte n’a d’existence que dans l’instant de son occurrence. En présence de ses témoins. En fonction des capacités de l’acteur qui est présent à l’instant de l’action, qui crée devant vos yeux la réalité de cet instant. Ou ne la crée pas. L’échec est immanent. Le succès est temporel. L’instant suivant a déjà effacé le précédent. Rien n’est en jeu que la volonté et le temps. Le public est témoin de ce concours de forces. Dans les pieds et les mains, le torse courbé ou droit, dans le pur et simple poids de l’œil, dans le souffle instrument de pensée. Cette lutte pour rester présent. Car le théâtre n’est rien d’autre que cette présence. L’acteur – ou l’actrice – appelle cette présence de ses vœux. Le public l’a appelé de ses vœux à le faire.


 

Production Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées.
Avec la participation du Théâtre de la Commune.

Dessin: Stanilas Bouvier

 


 A   L I R E  Des extraits de la pièce
Dit vrai qui parle d’ombre par Jacques Nichet

 


 

Autour de  Silence complice

L'auteur, Daniel Keene, sera présent du 2 au 16 mars au Théâtre de la Commune.
Entrée libre aux manifestations pour les spectateurs de Silence Complice sur présentation de leur billet.
Jeudi 2, vendredi 3, samedi 4 mars au bar du théâtre à l'issue de la représentation
Signature par l'auteur de Silence complice (éditions Théâtrales).
Dimanche 5 mars à l'issue de la représentation
Rencontre avec Daniel Keene, Séverine Magois et l'équipe artistique de Silence complice.
Mercredi 8 mars
Intervention de Daniel Keene dans l'atelier de DESS de traduction anglaise spécialisée à l'Université Paris X dirigé par Séverine Magois. Cet atelier n'est pas ouvert au public.
Dimanche 12 mars: Cinéma à 18h dans la grande salle du Théâtre
Projection de l'Ultime Razzia de Stanley Kubrick (1956 - durée 1h23)
Repris de justice au casier chargé, Johnny Clary rêve de lendemains meilleurs. Aussi organise-t-il le hold-up de la caisse d'un champ de courses. Première œuvre majeure de Stanley Kubrick, l'Ultime Razzia surprend autant par sa formidable direction d'acteurs (tous ici des films noirs de série B) que par la perfection de sa construction diabolique: sur le thème du plan infaillible que divers facteurs, humains ou non, mettent en échec.
Lundi 13 mars, 20h30: Lecture de textes courts inédits de Daniel Keene
La pluie, Le récit (ou La révélation), Avis aux intéressés en présence de l'auteur. Lecture dirigée par Didier Bezace. Entrée libre, réservation indispensable au 01 48 33 16 16.
Jeudi 16 mars: Rencontre avec Daniel Keene organisée par Hélène Lewis et The Australian Bookshop au "Bushwacker's", 10 rue Caumartin 75009 Paris - Renseignements au 01 43 29 08 65.
Samedi 18 mars, 18h30: Concert au bar du théâtre.