THEATRE DE LA COMMUNE
Saison 98/99



Peine d'amour perdue
de William Shakespeare
mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota
du 29 septembre au 18 octobre 1998

Shakespeare nous offre avec cette oeuvre de jeunesse (une des toutes premières), un théâtre du bonheur de jouer, feu d'artifice où, déjà, les oeuvres à venir pointent à l'horizon. Comme dans Roméo et Juliette ou Beaucoup de bruit pour rien, les personnages s'opposent, les groupes se mesurent les uns aux autres, à partir d'enjeux impératifs, d'interdits qu'ils ont eux mêmes formulés...
Mais ici point de tragédie finale (même si la pièce ne se termine pas en comédie et en appelle à l'épreuve du réel): la quête du bonheur et de la joie de vivre, si forte chez les personnages shakespeariens, triomphe dans cette oeuvre avec une majesté et une drôlerie pétillante. Ceux qui ordonnaient de mettre un frein au plaisir de vivre, si essentiel aux hommes, seront bien punis, et qu'ils soient du côté du Pouvoir, (voire le pouvoir lui-même), n'y changera rien, car face à l'amour...
dessin Stanilas Bouvier

 

photo: Willy Vainqueur
C'est par le théâtre dans le théâtre, en ce moment crucial où la représentation se dédouble sous nos yeux, que se dénouent les enjeux. On peut penser alors aux artisans burlesques du Songe d'une nuit d'été, donnant en plein air leur représentation de théâtre de foire, devant la cour réunie. 
Shakespeare, peut-être ici plus que jamais, se joue du langage: les écrits volants, les poèmes d'amours secrets ou les édits proclamant l'austérité en tout, le disputent aux délires langagiers; comme s'il était fasciné par la préciosité qu'il pastiche et parodie, mais pratique aussi avec une virtuosité éblouie. 
La scène se tiendra sur une langue de sable imaginaire, peut-être une côte entre l'Angleterre et la France, à l'entrée d'une ville soudainement interdite aux femmes par un austère édit royal appelant à "l'abstinence". 
Ici se déroulera ce face à face entre le monde des hommes - ayant décidés que le plaisir et l'amour ne devaient plus guider leurs vies - et celui des femmes, parfait ensemble, complice et drôle qui saura, avec charme et humour, leur faire rompre leurs serments, leur donnant la leçon qu'ils méritent.
Un groupe de garçons (5 ou 6), jeunes ascètes, violemment décidés à ne plus succomber à aucun plaisir, sauf ceux relatifs à l'Etude de la "Philosophie". Le roi et ses disciples (plus que ses sujets), forment un groupe, presqu'une bande, dont ils ont parfois la violence collective. Toujours ensemble, ils se séparent pour trahir le pacte qui les unis, car chacun succombera aux charmes d'une des compagnes de la princesse de France, venue en ambassade. 
Un groupe de jeunes femmes (6 ou 7), déterminées à obtenir les terres qui leurs sont dues, et ne pas s'en laisser compter par le jeune roi et sa cour d'ascètes, qui voudraient leur refuser l'accès au château et les reléguer "à la campagne". Par la complicité qui les unies, leur sens de l'humour et de la répartie, et surtout par leur féminité, elles sauront réduire à néant les voeux d'abstinence de leurs hôtes et obtenir de définitives et ironiques réparations... 
Parade de défi et de séduction, affrontements quasi-dansés, péripéties multiples, surprises et quiproquos ponctueront ce joyeux face-à-face. 
Emmanuel Demarcy-Mota

Avec J-Pascal Abribat, Charles-Roger Bour, Anne Cantineau, Marie Dablanc, Valérie Dashwood, Ana Das Chagas, Benjamin Egner, Gaelle Guillou, Stéphane Krähenbuhlg, Jean-Marc Layer, Olivier Mazan, Elsa Lepoivre, Gérald Maillet, Fabrice Melquiot, Eric Seigne, Nicolas Taïeb.

Scénographie et lumières Yves Collet, costumes Valérie Simonneau et Alpar Ok, musique Jefferson Lembeye, assistant à la mise en scène Christophe Lemaire.

Production Compagnie Théâtre des Mille Fontaines, Théâtre de la Commune, Forum Culturel du Blanc Mesnil.

"Dix huit comédiens funambules pour une version magique d'un joyau de Shakespeare" (Fabienne Pascaut - Télérama)
"Servie ici par la traduction dite "libre" de François Regnault, la mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota, privilégiant avec élégance le mouvement dans un décor sobre mais aux possibilités multiples, permet aux 18 comédiens presque tous issus du Jeune Théâtre National, de faire vivre à plein un espace presque nu. Coktail apte à dégager toutes les saveurs d'un spectacle tout de drôlerie mais de mystère aussi, où pensées et arrières pensées s'imbriquent sur tous les plans." (Le Monde)
"Emmanuel Demarcy-Mota jongle sur la scène entre subtilités de l'esprit, sentiments cachés et jeux osés. Ses comédiens à l'allure princière évoluent sur le plateau en accomplissant la danse qui est la leur, celle de la jeunesse."(La Revue du Théâtre)