THEATRE DE LA COMMUNE

 

Cartes blanches, lectures, rencontres, concerts, expos
dîners, ciné...
> Autour
des spectacles

 

 

PAUL SCHIPPEL
OU LE PROLETAIRE BOURGEOIS
de Carl Sternheim
mise en scène Jean-Louis Benoît


PAUL SCHIPPEL
Photo Philippe Delacroix

du 3 au 28 mars 2004
mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. relâche lundi. durée 2h15

avec
Vince Castello, François Cottrelle, Claire Engel, Philippe Faure, Jean-Marie Frin, Manuel Le Lièvre, William Mesguich, Emmanuelle Rozès

collaboration artistique Karen Rencurel assistée de Inge Paredes • décor Alain Chambon • costumes Marie Sartoux assistée de Guita Heinz • lumières Joël Hourbeigt • son Bernard Vallery • composition musicale Etienne Perruchon • chansons Etienne Perruchon et Jean-Louis Benoit


Quatre notables d'une petite ville formaient un merveilleux quatuor de lied. Or, l'un d'eux meurt. Les trois notables en cherchent un quatrième car le concours devant le Prince approche et il est indispensable de remporter le premier prix: une couronne en or. Notre trio décide alors de faire appel au jeune Schippel - sale petit rouquin - dont la voix est admirable. Schippel est un prolétaire, c'est-à-dire un voyou, sans manières ni éducation, et qui plus est un bâtard! Mais il n'y en a pas d'autre et il chante si bien ! Il fera donc l'affaire. Haineux, débordé de convoitise, Schippel leur donnera du fil à retordre…

PAUL SCHIPPEL
Photo Philippe Delacroix
On peut penser que Sternheim anticipe ici - Schippel est écrit en 1912 - la tragédie hitlérienne, et que ce petit bonhomme a bien la figure d'Hitler. Sternheim lui-même qualifie Schippel de " bâtard mental, archétype de l'arriviste qui, issu des couches les plus basses, s'est élevé jusqu'aux cimes vertigineuses des grands séducteurs de la masse ".
Au-delà des considérations historiques, Schippel met en scène le jeu brutal des rapports de classe, et cela sans aucun didactisme, sans le moindre sens de la pédagogie.
Les héros de Sternheim - mais peut-on parler de "héros" ? - ne sont pas en lutte ouverte avec la société régnante : ils jouent avec elle masqués et se camouflent. Comiques, ils ont du mal à dominer la situation et en sont quelquefois les victimes. Il y a souvent chez eux ce terrible "pressentiment de la chute".
La comédie Schippel est un modèle de satire moderne, plaidant contre le monde de notre temps afin "qu'il soit remis en ordre". Elle se déroule sèchement, cinglante, avec cette économie de mots qui est le propre de Sternheim. Les situations burlesques, toujours violemment tendues, se succèdent en une construction parfaite qui font de cette pièce un pur chef-d'oeuvre.
Schippel a donc été écrit en 1912 et fut créé un an après à Berlin, dans une mise en scène de Max Reinhardt. "Notre seul auteur comique aujourd'hui" disait de Sternheim Henrich Mann. Si Sternheim fait partie en Allemagne du grand répertoire et y est régulièrement représenté, il est peu connu en France. On ne peut cependant pas faire de lui un représentant à part entière du mouvement expressionniste allemand, comme le sont Kaiser ou Toller.
Pourtant, après les années noires de proscription - 1933 / 1945 - c'est son oeuvre qui a été la plus rejouée. Certainement parce que ses pièces sont moins marquées par l'actualité que celles des autres dramaturges expressionnistes : Sternheim n'a guère foi en une humanité nouvelle et son théâtre ne fut jamais une tribune où se proclamèrent les espoirs révolutionnaires.
La redécouverte de cet auteur nous paraît indispensable. Wedekind, Kaiser - ses contemporains - reviennent désormais sur nos scènes, Sternheim se doit de les accompagner.
     Jean-Louis Benoit


Carl Sternheim
Né à Leipzig en 1878. Fils d'un courtier de banque, il étudie le droit, l'histoire, la littérature, l'histoire de l'art. A 16 ans, il écrit une pièce Eva sur l'émancipation de la femme. En 1902, il est joué pour la première fois avec Auf Krugsdorf, sans succès. Il épouse en 1907 Théa Bauer en seconde noce. A Münich, il se lie avec Frank Wedekind, Heinrich Mann, Walter Rathenau et Max Reinhardt. Presque toutes ses premières pièces font scandale. Il manque d'être lynché par le public. Après les pièces La Culotte (1911), La Cassette (1912), Schippel (1912), Le Snob (1913), 1913 (1914), il écrit plusieurs récits, Busekow (1912-1913), Napoléon (1915), Schulin (1915). Sa production littéraire est alors considérable. En 1930, il se marie pour la troisième fois avec Pamela Wedekind, la fille de l'auteur de Lulu, mais s'en sépare quelques temps après. Les nazis brûlent ses œuvres. Jusqu'à sa mort, en 1942, Sternheim vécut seul et oublié à Bruxelles. Toute sa vie, il lutta contre des maladies nerveuses et de graves dépressions.

Jean-Louis Benoît
Cofondateur avec Didier Bezace et Jacques Nichet du Théâtre de l'Aquarium, il a mis en scène de nombreux spectacles dont, dernièrement, Le Bourgeois gentilhomme de Molière, Le Revizor de Gogol et Les Fourberies de Scapin de Molière à la Comédie française, Henry V de Shakespeare dans la cour d'honneur du Palais des papes au festival d'Avignon, ou Conversation en Sicile, d'Elio Vittorini à l'Aquarium. Aujourd'hui, il dirige La Criée, Théâtre National de Marseille.

 

A propos de Paul Schippel
Lire les extraits de presse