| revue de presse |
| Finement adapté (…) hors du temps, loin de tout pittoresque, une jeune troupe rondement menée nous enseigne avec esprit et insolence combien il est essentiel de penser par soi-même. Hors de toute convention, tout conformisme. Bien avant Brecht, du théâtre déjà ouvertement politique. La leçon résonne étrangement fort aujourd'hui. Télérama Laurent Hatat signe un spectacle brillant. La scénographie est une petite merveille (…) quelque chose d'esthétiquement très beau mais aussi de très fort. Des comédiens (d') une folle énergie. Pariscope Daniel Delabesse excelle en Nathan. Laurent Hatat signe ici une mise en scène en tous points réussie, preuve de son solide talent et de son évidente intelligence dramatique. La Terrasse . |
production Compagnie Anima Motrix, Nouveau Théâtre de Besançon – Centre dramatique national de Franche-Comté, Théâtre de la Commune – Centre dramatique national d'Aubervilliers, Théâtre du Nord – Théâtre national Lille Tourcoing / Région Nord-Pas-de-Calais
Anima Motrix est Compagnie associée du Nouveau Théâtre de Besançon et du Théâtre du Nord. Elle est conventionnée par le Ministère de la Culture/DRAC Nord-Pas-de-Calais et le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais et subventionnée par la Ville de Béthune.
Le spectacle est créé le 5 mars 2008 au Théâtre du Nord à Tourcoing.
Nathan le Sage, traduit par Dominique Lurcel, est publié aux Éditions Gallimard, 2006.
| Dossier pédagogique | |
| Saison 2007/2008 Raison, déraison |
| Nathan le Sage |
création
de Gotthold Ephraïm Lessing
traduction Dominique Lurcel
mise en scène Laurent Hatat

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© CICA / Eric Garreau | télécharger RealPlayer
Laurent Hatat, invité au Théâtre de la Commune en 2005 avec Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert et en 2007 avec Dissident, il va sans dire de Michel Vinaver, poursuit dans ses mises en scène une réflexion politique en prise sur l'actualité. C'est par le prisme de grands classiques « apprivoisés » qu'il nous la révèle. Germanophile passionné, il s'attache parmi ces classiques à nous faire entendre les trésors de la littérature allemande aux échos universels. Il récidive pour notre plus grand plaisir avec Nathan le Sage .
1187, Jérusalem, au cœur du chaudron brûlant allumé par les Croisades. Le sultan Saladin, nouveau maître de la ville, respectueux de la foi de chacun, musulmans, juifs et chrétiens, combat les Templiers qui tuent en invoquant Dieu, ce qui ne peut trouver grâce à ses yeux, mais en épargne un. Et Jérusalem bruit de rumeurs. Le jeune Templier erre, mélancolique, et sauve des flammes, fait inouï, une jeune femme juive, fille du marchand Nathan le Sage. La « folle » journée peut commencer…
En réunissant les destins séparés de ces trois hommes, Lessing, en 1779, élève la tolérance religieuse et l'amour du prochain au rang de suprême vertu et bouscule les représentations de son temps (et du nôtre ?). Ce drame que Goethe tenait pour « une des plus hautes créations de l'humanité », par la chaleur humaine et la fraternité qui l'animent, reste vivant et terriblement actuel. Laurent Hatat souhaite, en écho à certains débats sensibles d'aujourd'hui, porter haut la puissance de ce conte philosophique aux accents orientaux, cette parabole du vivre ensemble, ce théâtre de la parole, ouvert, urbain.


© E. Legrand
C'est aujourd'hui, dans un pays où les races et les religions s'entremêlent tant bien que mal. Dans une ville où les mots permettent encore d'exprimer les conflits, parfois pour les régler, parfois pour les masquer. Dans un quartier où, quoi qu'on en dise, ça ne flambe pas tous les jours, mais où la violence reste dans toutes les têtes. La rue, le coin d'une ville, où l'on tente de vivre ensemble. Bref, c'est chez nous, place de Jérusalem, devant le parking du Prisu. Dans ce quartier, c'est l'endroit où l'on se côtoie. Il y a des Beurs, des Blancs, des Blacks, des filles, avec ou sans voile, et des gars, jeunes ou moins jeunes. Dans cet endroit, une fable se joue, un conte ancien : Nathan le Sage . On y verra l'anecdote éternelle, travail de Sisyphe, de ceux qui tentent de se rencontrer malgré leurs différences, la comédie brûlante des jeunes amoureux et le fracas de la grande histoire qui menace de tout engloutir.
Ici, Nathan le juif, Curd le chrétien et Saladin le musulman ne se posent pas comme des archétypes communautaires, mais se reconnaissent comme individus, parents, voisins. Les identités sont multiples, riches, vivantes et l'on peut se prendre à espérer. Mais la réalité, notre réalité faite de violence, rôde autour des émouvantes retrouvailles. L'incendie menace encore. Les propos du patriarche appelant au meurtre du Juif, l'évocation de la destinée horrible de la famille de Nathan donnent un sombre écho à notre XXe siècle sanglant. Mais au détour des scènes, la beauté du propos philosophique se dégage comme de larges et lumineuses perspectives et l'élégance joueuse de la fable reste au premier plan.
Le théâtre, à nouveau, se fait point de départ de la discussion, la question du vivre ensemble est au centre de la démarche.
Laurent Hatat
Repère
Lessing (1729-1781) est reconnu comme la meilleure plume de son pays au service de la philosophie des Lumières. Il donne aux lettres allemandes quelques pièces demeurées classiques comme ses deux « comédies sérieuses » Minna von Barnhelm et Émilia Galotti. Grand historien des religions, il défend un christianisme rationnel et tolérant – envers et contre certains pasteurs luthériens, Melchior Goeze en particulier. Contraint au silence par la censure, il transporte sa lutte pour l'avènement d'une religion humanitaire et universelle dans le domaine artistique : à la fin de sa vie, il écrit Nathan le Sage – inspiré de la parabole des trois anneaux de Boccace – qui ne sera jamais monté de son vivant.