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Alors quand le docteur, il m'a dit :
"Madame, il faut que vous preniez quinze jours de
vacances", je lui ai dit :
" Vous vous foutez de ma gueule, ça fait quinze ans
demain que je suis en vacances, à virer à droite à
gauche
"
Maryse |
Serge Valletti sintéresse aux gens simples, aux gens décalés
non pas pour les
caricaturer et les ridiculiser mais parce que leur langue, leur truculence,
leur façon de faire se heurter les choses, se choquer les mots, leur
permettent - même si leur vie semble banale et souvent difficile -
de rêver, de mettre le haut en bas, le nord au sud - et inversement
! - comme les personnages de Dubillard ou de Novarina.
Et ce nest pas la question de laccent du midi ou pas qui est
importante, mais bien cette syntaxe qui résulte dun autre regard
sur le monde et ce rythme, cette musique de la langue sans lesquelles ni
le monde ni les mots de Valletti nauraient de sens.
Maryse, la sur de Roland, fait partie de ces gens simples, un peu
paumés, un peu seuls ; donc, bien quelle sadresse à
nous, elle soliloque, conversation prolixe où elle nous raconte un
morceau de sa vie, de ce kaléidoscope fou où on ne distingue
pas très bien ce qui est rêve, réalité, exagération
où on ne sait plus trop où est le haut, où est le bas
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Françoise Villaume : Marseille,
c'est une ville dans laquelle tu te sens à l'aise ?
Serge Valletti : Oui, j'ai toujours aimé ça.
J'ai fait ma première fugue à sept ans, c'était
le 1er mai 1958, je voulais aller faire de la voiture Ulysse au
parc Borély. C'étaient des
voitures à pédales. - Et comment tu vas y aller ?
Tu ne sais même pas où c'est... me dit
ma mère. - Eh bien je suivrai les fils des trolleys ! Je
suis parti et, arrivé au coin de la
rue (j'avais pris mes économies), j'ai changé d'avis,
je suis allé au Cinéac sur la
Canebière et j'ai vu Sitting Bull, je l'ai vu trois ou quatre
fois parce que c'était un
permanent. Je suis rentré dans le cinéma à
deux heures de l'après-midi et j'en suis
sorti à dix heures du soir en m'achetant des glaces et tout,
à l'entracte. Je suis rentré à
pied chez moi. La nuit à sept ans cela m'a fait peur. Ma
grand-mère était venue à la
maison parce que c'était la panique totale, je sonne... -
Oh ! Qu'est-ce que tu as fait ?
Va te coucher ! Et mes parents étaient partis à la
Police, ils me cherchaient dans les
fourrés du parc Borély à côté
des voitures Ulysse. Ma grand-mère tout de suite a
téléphoné et mon père a dit : - Surtout
il faut lui donner un gâteau (comme les
chiens!)... Surtout il ne faut pas l'engueuler, il faut lui donner
un gâteau, qu'il ne
reparte plus ! C'est le retour du fils prodigue.
Extraits de Serge Valletti par Yves Reynaud et Françoise
Vuillaume,
collection Itinéraire dauteur (Centre national des
écritures du spectacle - La Chartreuse)
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