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Feydeau
Terminus
22 février au 7 avril 2001.
Mardi
au samedi à 20h30, dimanche à 16h.
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UNE PART D'HUMANITE ORDINAIRE
C'est ce que Georges Feydeau nous livre dans les pièces
en un acte qu'il a écrites entre 1908 et 1916. Noctambule et mondain,
mais néanmoins solitaire, il a beau mettre en chantier de nouvelles
comédies, ébaucher de futurs vaudevilles, rien ne s'achève ; seules
jaillissent ces petites perles d'ironie et d'amertume que sont ces
courtes pièces sur le mariage. Elles semblent moins écrites qu'improvisées
presque oralement, comme si l'homme arpentait sa chambre de l'Hôtel
Terminus en rejouant pour lui-même les douloureux et drolatiques épisodes
de sa vie à deux. Mais la tentation de la confession n'existe pas
chez Feydeau, il construit avec un sens aigu du banal et de l'extraordinaire
des fables implacables où l'homme et la femme sont jetés comme des
boules sur un tapis, s'entrechoquant et rebondissant l'une sur l'autre
dans une sorte de mouvement perpétuel. Rien ne les sépare, tout les
éloigne, ils sont unis jusqu'à l'épuisement, solitaires à deux, ennemis
et amoureux.
A la virtuosité des rebondissements, des quiproquos
et autres brillants artifices du vaudeville qui le rendirent célèbre,
il substitue une autre mécanique plus intime fondée sur le jeu des
ambitions déçues, des intimes renoncements, et tous les ingrédients
explosifs de la marmite conjugale. S'il n'avait fallu rendre compte
que de cet antagonisme fondamental sur lequel viennent achopper nos
plus beaux espoirs, une seule de ces petites pièces aurait largement
suffi, mais il y a aussi l'amour : Georges fut éperdument amoureux
de sa jeune épouse Marianne Carolus-Duran, elle le fut tout autant
de ce nouvel auteur talentueux que Paris commençait à courtiser. Pourquoi
et comment se sont-ils perdus ? L'enchaînement des pièces dans lesquelles
on retrouve le même couple vient substituer aux conséquences irrémédiables
d'un antagonisme prédéterminé le sens d'un parcours amoureux et d'une
chronologie où la fatalité joue son rôle autant que l'usure. Car Feydeau
ne renonce pas à son génie de l'intrusion : à chacune des étapes de
la marche forcée à laquelle il condamne ses personnages, il laisse
au hasard le soin d'exacerber leur crise. Il l'incarne même dans des
personnages mineurs comme autant d'avatars d'un fatum minuscule. Il
s'amuse et nous amuse de cette nouvelle forme de destin sans noblesse
ni grandeur qui est l'apanage de nos vies modernes. Sans volonté de
fabriquer du sens, simplement pour le plaisir d'une énergie théâtrale
consacrée à se venger de la vie.
Ces pièces auraient dû, si l'on en croit les témoignages,
être éditées en marge de son Théâtre, dans un volume intitulé "Du
mariage au divorce", une œuvre à part en quelque sorte, constituée
d'épisodes indépendants : une sorte de chronique fragmentaire de l'anarchie
conjugale. Ici, le théâtre réalise en partie ce souhait : 3 pièces
en 1 acte, comme 3 actes d'une pièce improbable que n'aurait pas écrit
l'auteur mais dont il aurait rêvé en pensant à la vie, la nôtre autant
que la sienne. C'est le sens de ce projet que nous avons inscrit au
cœur d'une saison consacrée au jeu de la biographie et du théâtre.
Didier
Bezace