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saison 02/03

affiche Stanislas
Bouvier |
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LES
CERCUEILS DE ZINC
de Svetlana Alexievitch
texte français Wladimir Berelowitch
adaptation Jacques Nichet et Célie Pauthe
mise en scène Jacques
Nichet
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Du 27 février au 29 mars 2003.
mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h30.
relâche lundi |

avec Christine Brucher · Océane Mozas
· Stéphanie Schwartzbrod

dramaturgie Sophie Picon, Gérard Lieber · scénographie
Jean Haas · costumes Jean Haas, Nathalie Trouvé
· assistants mise en scène Célie Pauthe,
Jean Haas · lumières Celso Domeque ·
son Bernard Vallery · chant Anne Fischer ·
conception image Jean-Christophe Aubert

production TNT- Théâtre National
de Toulouse Midi Pyrénées
Spectacle créé au TNT
le 14 janvier 2003
Les Cercueils de zinc sont publiés
par Christian Bourgois Editeur |
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Equipe technique du Théâtre
de la Commune : directeur technique Bernard Estève
· régie générale Serge Serrano
· régie lumière Eric Blévin ·
chef électricien Siegfried July |
Océane
Mozas - ©Marc Ginot
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Chaque jour, les appareils de télévision
déversent les mêmes images de soldats, de chars, de ruines,
de cadavres, de larmes. Une guerre chasse lautre mais cest
toujours la même ration des mêmes clichés. Seul le
décor change, un peu. La guerre ne nous dit plus rien, si ce
nest quelle est la guerre.
Un livre me parle de ce malheur, vraiment : un recueil de témoignages
de Russes au moment où ils envahissaient lAfghanistan entre
1979 et 1989. Les Cercueils de zinc de Svetlana Alexievitch,
une oeuvre qui me bouleverse. Voici une guerre vraiment perdue.
Elle na rien rapporté que des souffrances et de la honte.
Elle est refoulée, oubliée, chassée de nos mémoires
par les nouvelles urgences de lactualité. Les Américains
ont effacé les Russes. Pourtant, de trop nombreux jeunes gens
ont payé de leur vie cette inutile monstruosité. Svetlana
Alexievitch sait se mettre à lécoute de tous ceux
qui veulent lui parler de cela, librement, anonymement.
Elle branche son magnétophone et elle capte des voix
de tous ces témoignages, je nai gardé que
quelques voix de femmes : mères perdant leurs fils, veuves de
soldats, infirmières sur le front. La guerre aura ici un visage
de femme. Je confierai ces cinquante pages à trois comédiennes
: Christine Brücher, Océane Mozas, Stéphanie Schwartzbrod.
Trois femmes parlent. Trois femmes ou trois cents femmes ou une femme
déchirée en trois par la folie du monde. Elles se confient
à voix basse. Leur narration est à la fois épique
et intime : leur voix est à portée de main. Chaque fois,
cest le même récit et chaque fois un autre, car une
guerre ne fait pas cent mille morts mais cent mille fois une mort.
Chacune de leurs paroles prépare le retour de lenfant,
du mari, de celui qui na pas pu mourir ainsi, pour rien. Elles
lattendent toujours car le théâtre attend les morts.
Ces récits, souvent poignants, ne se referment pas sur de la
tristesse. Le travail de deuil saccompagne dun
travail de libération. Le bois de la langue craque,
les rhétoriques officielles se lézardent. Les mères
de soldats parlent, les mensonges, aussi verrouillés que les
cercueils de zinc, explosent. Quelques années après la
défaite de lArmée Rouge, le régime soviétique
seffondre brutalement. Ironie de lhistoire, Svetlana Alexievitch
avait redonné tout son sens à la devise du journal La
Pravda : la vérité vaincra.
Jacques Nichet
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" Jentends la sonnette.
Je cours ouvrir : personne. Je me demande : et si cétait
mon fils qui était revenu ?
Deux jours après, des militaires viennent frapper à
ma porte.
- Alors, votre fils n'est pas là?
- Non, maintenant, il n'est plus là.
Cest devenu tout silencieux. Dans lentrée, je
magenouille devant le miroir :
- Mon Dieu, mon Dieu ! Mon petit Jésus !
Sur ma table, il y a encore une lettre que javais commencé
à lui écrire :
« Bonjour, mon petit garçon ! Jai reçu
ta lettre et jen suis très heureuse. Elle ne contient
pas une seule faute de grammaire. Seulement deux fautes de syntaxe,
comme dans la précédente : "selon moi" est
une incise et "pour autant que" une locution conjonctive
qui ne prend pas de virgule, tandis que, après "selon
moi", il faut une virgule. Il ne faut pas que tu en veuilles
à ta maman.
En Afghanistan, il fait chaud, mon petit. Tâche de
ne pas tenrhumer, toi qui attrapes toujours des refroidissements
Au cimetière tout le monde se taisait, et pourtant il y avait
beaucoup de monde. Je tenais un tournevis, ils navaient pas
pu me le prendre.
- Laissez-moi voir mon fils
Laissez-moi ouvrir
Je voulais ouvrir le cercueil de zinc avec ce tournevis. Mon mari
a tenté de mettre fin à ses jours :
- Je ne vivrai pas. Pardon, la mère, mais je ne veux plus
vivre.
Moi, jessayais de le dissuader :
- Il faut lui faire un monument, il faut carreler la tombe
Il ne pouvait plus dormir. Il disait :
- Quand je mendors, notre garçon revient. Il membrasse,
il métreint
On a suivi la coutume ancienne et on a gardé un pain pendant
quarante jours après lenterrement
Au bout de
trois semaines, il sest complètement effrité.
Cela signifie que la famille est perdue
Jai accroché ses photos partout dans la maison. Cela
me soulage, mais pour mon mari, cétait trop dur.
- Enlève-les. Il me regarde
"
Les Cercueils de zinc - extrait
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