Cest sous lemblème du lien que nous avons créé
au début de la saison dernière avis aux intéressés
de Daniel Keene. Lien : ce qui nous attache, nous relie, nous emprisonne,
nous retient. Je me souviens avoir entendu Daniel me dire que sa pièce
sétait construite sur son désir dexplorer la
dépendance et son paradoxal retournement.
Didier Bezace, mai 2005 >
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avis aux intéressés est une pièce inhabituellement
courte pour une uvre dramatique. Elle est cependant d'une intensité
comparable à celle qu'on ressent parfois à la lecture d'une
nouvelle : on est saisi par la brièveté de l'uvre
- quelques pages - et la force qui s'en dégage.
La pièce tient à la fois du conte, du fait divers et du
poème tragique.
Du conte parce que les deux personnages - un père et son fils -
sont soumis à une "épreuve" et que celle-ci est
révélatrice au sens où elle met au jour malgré
les apparences la nature profonde de leur relation: l'amour. Cette découverte
rédemptrice constitue le vrai dénouement de la pièce,
même si la mort en est l'issue finale. Ce qui la rapporte au fait
divers c'est que le genre de situation dont il est question semble appartenir
à la banalité de l'existence : ces deux hommes sont à
la marge, on passe à côté d'eux sans rien savoir de
leur épreuve, la vie les ignore et cependant leur histoire est
extraordinaire. Le temps joue son rôle dans cette affaire, ce père
n'a que quelques jours devant lui pour atteindre l'objectif qu'il s'est
fixé, il s'y emploie avec la ténacité d'un homme
qui affronte le destin. Enfin, le silence et la solitude sont la matière
même d'où émerge la parole : tout ce qui est dit doit
être dit, fatalement.
Il reste que dans le regard que porte Daniel Keene sur notre humaine monstrueuse
condition, il y a une tendresse qui nous permet encore de sourire.
Didier Bezace,
juin 2004
Pourquoi des pièces courtes
Les pièces de ce livre m'ont soutenu et m'ont éprouvé.
C'est par elles que j'ai redécouvert le théâtre. Elles
sont mon dialogue avec la réalité du théâtre
et le théâtre de la réalité. Elles sont mes
" pressions à froid ".
Je pense à elles comme à des poèmes. Peut-être
sont-elles des poèmes récalcitrants, incertains de leur
naissance et pourtant confiants dans leur être.
Mes quatuors à cordes.
Quand vous écoutez un quatuor à cordes vous pouvez souvent
entendre le souffle des instrumentistes.
En règle générale je préfère les quatuors
aux symphonies. Dans un quatuor la contribution de chaque instrument peut
être clairement entendue et peut-être comprise. Le possible
dialogue entre les instruments peut être extrêmement subtil,
infiniment complexe ; ou il peut s'agir de la forme la plus élémentaire
d'appel et de réponse. Ce dialogue est, par essence, théâtral.
Quand ils se conjuguent pour rendre une seule " voix ", les
instruments du quatuor peuvent créer un son à nul autre
pareil, faire à la fois l'effet d'une tempête piégée
dans une bouteille et du tumulte chaotique déchaîné
depuis un champ de bataille. Cette puissance dramatique, son urgence,
cette densité lyrique est ce qui me porte vers les quatuors. Pourtant
ce qui en dernier ressort fait que je continue à les écouter,
c'est leur échelle. Leur échelle est humaine. Je ne saurais
la décrire autrement. Pour moi les " drames " des quatuors
sont des drames humains ; dans les complexités qu'ils inspirent
et les réponses qu'ils exigent réside la matière
de notre condition mortelle.
Daniel Keene, Pièces
courtes - extraits de l'introduction
Éditions THÉÂTRALES,
mai 2001
Le spectacle a été créé au Théâtre
de la Commune, le 15 septembre 2004.
Le texte de la pièce est publié aux Éditions
THÉÂTRALES.
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