Oh les beaux jours

de

Samuel Beckett

Compagnie Longtemps je me suis couché de bonne heure
mise en scène

Blandine Savetier

avec Yann Collette et Natalie Royer

On ne présente plus Beckett. Depuis un demi-siècle, ses personnages incarnent une certaine condition humaine, oscillation permanente entre un fol espoir et une fatale tristesse. Dans la nudité de la parole, à laquelle tend Beckett, ces êtres tragi-comiques ne cessent pourtant de parler, comme si les mots les maintenaient en vie. Le couple de Oh les beaux jours, Winnie et Willie, est l’archétype de ce théâtre. Seuls, dans un désert humain : elle, enterrée jusqu’à la taille, entourée de quelques objets, s’enfonce au fil du temps, comme aspirée par la terre ; lui, rampe derrière, disparaît, réapparaît. Face au vertige de ce vide, face à la mort qui grignote le corps, Winnie reste debout, elle dit l’émerveillement d’être là, elle rend hommage à la beauté du jour nouveau et quand le présent soudain lui offre une surprise, aussi minuscule soit-elle dans ce quotidien presque mort, elle exulte. Jusqu’au bout elle chante, malgré tout. Elle nous livre la promesse de l’instant. Yann Collette, abolissant toute idée de travestissement, s’empare du rôle avec virtuosité : il est une Winnie à part entière, toujours étonnante.

Oh les beaux jours est une oeuvre lumineuse. Il y a dans cette pièce, dans la parole qu’y déploie Winnie, une manière d’être à la vie qui combine la plus exigeante lucidité et la plus exquise élégance devant la vieillesse et la décrépitude. Ce subtil accord est à l’origine de l’attirance que j’ai pour cette pièce. Vivre à l’endroit où écrit Beckett, à cet endroit de parole où tout est dominé par le constat de la chute inexorable, on ne saurait en dire le pourquoi. Mais la proposition que fait Winnie sur le comment, comment vivre à ce niveau de conscience, est simplement belle. La pulsion de vie de Winnie vient de la puissance de son imagination. Il y a de l’enfance dans cette poésie qui s’abstrait de la réalité et des forces naturelles, recrée un univers onirique, fait revivre les êtres du passé. La flamme du désir est maintenue à l’intérieur de l’épuisement, la force de l’espoir fait face au désenchantement du monde et c’est cette tension qu’il m’intéresse de mettre en jeu. Blandine Savetier

scénographie et installation Emmanuel Clolus / lumières Stéphanie Daniel / création sonore François Marillier / costumes Sabine Siegwalt / maquillage Cécile Kretschmar / dramaturgie Waddah Saab / collaboration artistique Aurélia Guillet / magie Benoît Dattez / régie générale Camille Faure

Revue de presse: 

C'est admirable. C'est déchirant. Brigitte Salino du Monde.
L’acteur, qui compose un personnage à la féminité exacerbée, fait littéralement corps avec cette partition dans laquelle il semble que les mots, ne pouvant plus nommer les choses, les suppriment du lexique au fur et à mesure... L’Humanité.
C’est le remarquable Yann Collette qui s’empare de cette pièce, avec la virtuosité qu’on lui connaît, conférant à la partition de son personnage hauteur, intelligence, musicalité. La Terrasse.
J'ai vu Yann Collette et je dois dire que je suis dans une admiration sans borne pour la capacité extraordinaire à jouer ce texte exactement comme, il me semble, Beckett doit être joué. Philippe Meyer, France Culture.
Yann Collette « est » le personnage, il incarne Winnie. Il n'est pas un homme qui joue une femme, il est Yann Collette qui, de tout son talent, son autorité, joue Winnie, (...) laisse monter sa poésie très personnelle. Armelle Héliot, Le Figaro.