Un Pied dans le crime

d’Eugène Labiche écrit en collaboration avec Adolphe Choler

mise en scène Jean-Louis Benoit

avec Véronique Dossetto, Jean-Pol Dubois, Valérie Keruzoré, Carole Malinaud, Louis Merino, Dominique Pinon, Karen Rencurel, Philippe Torreton et Luc Tremblais

Au XIXe siècle, Labiche a follement amusé le public en croquant les bourgeois. Et Jean-Louis Benoit, souvenons-nous de De Gaulle en mai, aime la farce pour ce qu’elle divertit et dénonce. Un Pied dans le crime est un terrain de jeu irrésistible par son noeud dramatique – un juré appelé à juger un crime dont il est le coupable – et par les ressorts, quiproquos et mensonges qui nourrissent son intrigue. Ce cas de conscience – avouer ou non son crime – est le prétexte à bien des mufleries et offre le spectacle féroce des rapports humains, insupportable à regarder… si le rire n’était pas là pour faire écran.

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Voilà une comédie importante de Labiche. Méconnue pourtant. Depuis son triomphe en 1866 au Palais-Royal, elle fut très peu montée. Lorsqu’en 1995, je mettais en scène Moi à la Comédie-Française, il en était de même : peu connaissaient cette pièce en trois actes de Labiche qui traitait de l’égoïsme avec une cruauté et un cynisme qui étonnèrent tout le monde. Choisir Un Pied dans le crime, c’est aller à la découverte d’une oeuvre de la maturité injustement délaissée parmi des succès comiques qui firent les délices des spectateurs entre le coup d’État de Napoléon III et la République.
On sait depuis longtemps que ce fils de marchand de sirop ne fut pas un simple amuseur. Labiche était cruel. La puissance de son génie d’observateur est unique. Comme Gogol, une seule chose l’inspira: la vie plate. Pas de héros dans son théâtre, mais une cohorte d’abrutis, de ridicules, d’égoïstes, de lâches, de mufles, de féroces et de méchants. Des gens vrais. Ceux que l’on côtoie encore tous les jours. La vie plate. 
Jean-Louis Benoit

 

Bourgeoisie au XIXe : Qui étaient ces bourgeois satisfaits ? La Révolution de 1789 et ses conséquences leur avaient été favorables. La Restauration confirma leurs privilèges, la Monarchie de Juillet consacra leur triomphe, le Second Empire combla leurs voeux et affirma leur autorité. […] Ils avaient compris qu’il fallait diriger mais en se compromettant le moins possible. Au début de leur «règne» surtout, ils évitaient soigneusement de prendre les responsabilités et gouvernaient toujours par personne interposée. Pour les connaître, il fallait les regarder chez eux, les peindre de l’intérieur. Labiche, bourgeois lui-même et de la tête aux pieds, le fit avec une constance et une clairvoyance incomparables. Philippe Soupault, Eugène Labiche, sa vie, son oeuvre, éditions Le Sagittaire, Paris, 1945

scénographie Jean Haas • costumes Marie Sartoux • lumières Jean-Pascal Pracht • musique Étienne Perruchon • maquillages et perruques Cécile Kretschmar • son Jérémie Tison • assistant à la mise en scène Antoine Benoit